De prof à infopreneur : la reconversion gagnante ?

Devenir infopreneur quand on est prof

En réfléchissant à votre reconversion, vous êtes vous déjà intéressé aux nouveaux métiers du web? Depuis une quinzaine d’années de nouvelles opportunités sont en effet en train d’émerger. Et non, je vous vois venir(!), il n’est pas nécessaire de savoir coder ou d’être un as de l’informatique pour y accéder. Pas besoin même d’une formation académique au départ, ce qui est souvent un frein à la reconversion des enseignants.

Vous ne le réalisez peut-être pas encore, mais votre formation actuelle et surtout vos compétences pédagogiques (les fameuses soft skills) ou disciplinaires (hard skills) sont un véritable atout pour réussir dans certains de ces nouveaux métiers et notamment celui d’infopreneur.

C’est quoi un infopreneur ?

Mais d’abord, pour mieux comprendre comment sont apparues ces opportunités, revenons quelques années en arrière.

Années 2000: Premiers vendeurs d’ebooks et coachs en ligne à succès.

Nous sommes au début des années 2000, au temps de « voilà.fr » et de « caramail » (souvenez-vous les 30 ans et plus 😉 . Aux États-Unis, des entrepreneurs commencent à expérimenter depuis la fin des années 90 des techniques de vente et des modèles de business en ligne. Certains obtiennent des résultats exponentiels et forment d’autres entrepreneurs à leurs stratégies. Du côté français, on se lance aussi. Parfois, un simple ebook en vente sur un site suffit pour faire décoller une carrière. Après ces premiers succès, des entrepreneurs français partent alors se former chez leurs confrères américains et reviennent avec de nouvelles idées.

Au début des années 2010, ce sont les premiers lancements orchestrés qui font leur apparition (lancement de produits numériques en utilisant les partenariats entre plusieurs blogueurs pour faire grossir les ventes). Certains obtiennent des résultats inattendus: des centaines de milliers d’euros de recettes pour une formation vidéo de quelques heures enregistrée en quelques jours. Avec de faibles frais de fonctionnement, les bénéfices sont plutôt élevés. D’autres rejoignent alors ce nouveau mouvement, c’est l’apogée du blogging et de l’infoprenariat, c’est à dire la vente d’informations en ligne, notamment à l’aide de son blog.

Le marché est-il saturé aujourd’hui ?

Avec le développement des réseaux sociaux dans les années 2010, et parallèlement de la vidéo avec YouTube, les opportunités de toucher un public et de lui vendre ses produits se sont multipliées.

Dans le même temps, les habitudes de consommation changent: c’est l’explosion du e-commerce avec le développement exponentiel d’Amazon et des marketplaces. L’audience potentielle grossissant chaque année en même temps que se développent les canaux de communication et de vente (blogging, vidéo, podcast, réseaux sociaux), les façons de vendre se sont elles aussi diversifiées.

E-commerçant, dropshippeur, infopreneur, influenceur, formateur en ligne, conférencier, web entrepreneur, consultant, coach… Tous ces métiers ont su tirer parti de la puissance du web et reposent sur la capacité à vendre en utilisant les différents moyens de communication sur internet.

Un fait: de plus en plus de consommateurs se tournent vers le web chaque année pour acheter ou se former.

L’évolution du nombre de MOOCS (Massive Open Online Courses) entre 2012 et 2019 recensés par la plateforme Class Central.

Le marché étant en pleine expansion, difficile de croire à sa saturation immédiate. Dans 5 ans, le marché du e-Learning à lui seul va passer de 190 milliards de dollars de recettes à plus de 325 milliards (source: Forbes). Les opportunités de trouver son marché et de prendre sa part du gâteau sont donc encore bien réelles, pour qui veut bien s’y investir sérieusement en se formant au marketing du web.

Car oui, la place pour les amateurs se réduit et les métiers du web tendent à se professionnaliser.

En quoi les profs sont-ils concernés par les opportunités du web?

C’est ici que je voudrais vous faire réfléchir un peu. Bien souvent les enseignants se plaignent qu’ils ne savent rien faire d’autre « qu’enseigner » (ce qui n’est pas donné à tout le monde, convenons-en). Combien reviennent déçus d’entretiens d’embauche parce qu’on leur a fait la « moue » en regardant leur CV. Qui n’a pas entendu des réflexions du type: « Avez-vous d’autres expériences professionnelles en dehors de l’école? »

On ne peut pas vraiment dire que les compétences acquises dans l’enseignement soient bien valorisées dans le marché traditionnel de l’emploi. En revanche, que se passe-t-il sur le web? Des personnes lambda sont en train de gagner des fortunes ou des revenus confortables en enseignant en ligne. La plupart n’ont ni les diplômes requis ni l’expérience ou les compétences pédagogiques d’un enseignant.

Une chose est claire: les opportunités d’évolution professionnelle ne sont pas dans les classes. Le marché de l’éducation traditionnel est au bord de l’implosion. Que vous le vouliez ou non, le bateau dans lequel vous avez embarqué est en train de couler. La réforme des retraites, la perte des avantages, le gel du point d’indice, et maintenant la crise économique, ne sont que les prémices de la future fracture totale de l’iceberg.

De quel côté voudriez-vous être quand le naufrage va advenir ? Faire la transition numérique avant le naufrage de l’éducation traditionnelle peut vous ouvrir des opportunités insoupçonnées pour votre carrière, en valorisant (enfin) vos compétences d’enseignement et de communication.

Quel profil d’enseignant peut tirer profit de cette opportunité professionnelle ?

Ceci étant dit, il est temps de nuancer mon propos. Oui, le web est une formidable opportunité et le métier d’infopreneur requiert des compétences en adéquation avec celles développées dans les métiers d’enseignement traditionnels.

Mais, il y a bien un mais. Devenir infopreneur n’est pas comme faire une croisière en mer. Cela demande du travail et surtout d’acquérir de nouvelles compétences qui sont bien étrangères au monde de l’éducation traditionnelle. En effet, derrière ce métier se cachent en réalité quatre métiers ou 4 casquettes qui exigent flexibilité et ouverture d’esprit.

Infopreneur: le vendeur d’information

Vendre son produit ou sa formation: mettre en marché, promouvoir, gérer le service après vente.

Même si à proprement parlé l’infopreneur, dans l’idéal, ne vend pas de l’information brute mais une connaissance structurée qui développe savoir et savoir-faire de l’apprenant avec pédagogie et professionnalisme. Il n’en reste pas moins qu’il devra vendre un produit à un instant t, et donc développer le marketing de son produit , c’est à dire: l’art de persuader son audience cible que son produit correspond à ses besoins.

Vendre s’apprend. Si certains s’en sortent à l’intuition ou au « bagout », il sera cependant nécessaire de se former à la psychologie de la vente et aux outils de mise en marché d’un produit. Heureusement, de nombreuses formations en ligne, accessibles et pertinentes, existent. Il faudra néanmoins avoir le recul nécessaire pour choisir l’offre la plus en adéquation avec ses besoins.

On peut simplement commencer par s’abonner à des newsletters de professionnels reconnus sur le marché, ou suivre des MOOCs puis décider de se former sérieusement ou bien de déléguer la partie marketing à un partenaire, avec un certain budget, cela s’entend.

Pour se familiariser avec la vente en douceur, je recommande les excellentes newsletters gratuites et très accessibles de Marketing Mentalist (ludique !) et Antoine BM (passionné!).

Infopreneur: l’entrepreneur

L’entrepreneur: Faire ses propres choix et se responsabiliser.

C’est peut-être la casquette la plus difficile à chausser pour un enseignant, de surcroît fonctionnaire, habitué à appliquer des programmes et à suivre des injonctions. (À l’heure où la liberté pédagogique semble bien menacée). Passer d’exécutant à entrepreneur c’est un peu comme traverser le Mur pour aller chez les Sauvages dans Games of Thrones (sic)!

Brutalement, plus personne ne vous dit quelle direction prendre, quelle stratégie appliquer, et ce vide peut devenir angoissant ou paralysant pour nombre d’entre nous. Il y a tout un monde entre les fonctionnaires et les entrepreneurs. Mais comme tout dans la vie, cela s’apprend et nécessite un travail conséquent sur son état d’esprit, pour pouvoir affronter insécurité et éventuels (et très probables) échecs. Entreprendre c’est plus qu’apprendre un nouveau métier, c’est adopter un nouveau regard sur nos croyances, nos possibilités, aller chercher le challenge, sortir de sa zone de confort, mobiliser sa confiance en soi. C’est aussi passionnant que cela peut être effrayant!

Êtes-vous prêts à tenter cette aventure?

Infopreneur: le gestionnaire d’entreprise

Le gestionnaire: gérer son budget, investir, se mettre en conformité juridique, anticiper…

C’est la partie la moins excitante du métier (enfin, si vous êtes comme moi!) : sortir du salariat c’est aussi prendre le risque de ne plus dépendre que de soi, de son organisation, de sa capacité à gérer un budget, anticiper, investir, mettre de côté…

Ces compétences s’acquièrent aussi avec le temps, si vous acceptez d’expérimenter une phase d’incertitude plus ou moins longue au démarrage du projet, mais également en cas de coup dur ou de période critique. Seul sur son bateau, on n’est pas à l’abri des tempêtes et l’on doit endosser l’entière responsabilité de nos choix.

Il existe cependant des solutions pour se faire accompagner, et qui dit entreprendre ne dit pas nécessairement s’isoler. L’important est d’être bien accompagné dans son projet et de ne pas hésiter à chercher de l’aide en cas de besoin.

Infopreneur : l’ingénieur pédagogique

L’ingénieur pédagogique: Concevoir et mettre en ligne un cours ou une formation.

C’est la casquette la plus facile et agréable à enfiler pour un enseignant, mais elle requiert néanmoins des compétences techniques et d’ingénierie pédagogique peu mobilisées en classe. Certes, concevoir une séquence pédagogique, réfléchir aux pré-requis et concevoir l’évaluation des compétences en jeu font partie des activités quotidiennes des enseignants, mais leur mise en ligne est un autre défi.

Il existe des formations en ligne d’ingénierie pédagogique gratuites (blogs, MOOCs) ou payantes. Les formations sont légion sur le web. Le plus difficile étant de choisir ! Je recommande cet article pour s’initier à l’ingénierie pédagogique : créer un cours en ligne.

Et cette formation gratuite d’OpenClassroom pour découvrir l’ingénierie pédagogique. Qui sait, peut-être vous découvrirez-vous une nouvelle vocation d’ingénieur pédagogique ?

Alors, infopreneur, reconversion idéale pour les profs?

Comme nous venons de le mentionner, il y a toujours deux faces à une médaille, et ce qui pourra convenir à l’un ne sera pas adapté à un autre. Autant que nous sommes de profs, autant de profils différents.

Cependant, il est certain que le web ouvre des portes inattendues en cette période, qui n’ont jamais été aussi accessibles en termes de niveau technique, d’investissement financier de départ. Il serait dommage de ne pas prêter attention aux nouvelles possibilités de se se construire un métier sur mesure, en suivant ses passions, talents, expertises ou expériences de vie à un moment où le marché du e-Learning est en plein essor.

Écoutez l’expérience de François, prof et infopreneur sur le podcast.

Si vous voulez en savoir plus, découvrez la reconversion de Myriam de prof à infopreneur ici.

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